La violence personnelle. Intervention de Margalida Reus le 15 Octobre 2010
La question de la violence se pose quotidiennement à nous (famille, ami-e-s, boulot, rue, société, monde ...) ; or toute l'humanité désire vivre en paix ... D'où vient ce paradoxe ?
Lanza Del Vasto nous disait que "La violence extérieure n'est que le reflet de notre violence intérieure", "Nous sommes tous responsables de la violence de notre société tant que nous n'avons pas apaisé nos coeurs".
Nous pouvons aussi nous rappeler l'aphorisme suivant "Si tu veux faire la paix dans le monde, fais-la d'abord dans ton village ; si tu veux faire la paix dans ton village, fais-la d'abord dans ta famille ; si tu veux faire la paix dans ta famille, fais-la d'abord dans ton coeur "
Afin de comprendre les causes de notre propre violence, nous devons tenter de comprendre le fonctionnement de l'être humain.
A l'origine, la violence est une force de vie = "vis" : du latin violentia « force (du vent), ardeur (du soleil), rigueur (de l'hiver), violence (de caractère), fougue, emportement », dérivé de violens « violent », lui-même de vis « vigueur, force ». Cette force vitale, "vis" est transformée par la souffrance en "violentia".
Or la souffrance fait partie de la vie, elle est incontournable : souffrance de la naissance, souffrance d'être laissé seul à hurler de faim ou de peur, souffrance du manque d'affection, souffrance de la séparation mère-enfant ... Personne n'échappe à la souffrance, donc tout le monde a en soi de la "violentia" ; ce qui est important c'est de la reconnaitre et l'accepter.
La violence est la conséquence de souffrances vécues, de blessures enfouies, surtout dans l'enfance.
Exemples :
- fusion ou emprise trop importante = pas d'identité propre -> identification aux autres -> ne se sent pas exister -> grande frustration -> grande colère.
- manque ou perte d'amour = vide intérieur -> demande incessante pour combler (relations ou possessions matérielles) -> jamais comblé ->frustration -> colère
- manque de reconnaissance
- victimes de mauvais traitements et abus sexuels
- parents trop autoritaires ou trop "relax", etc.
Devenir adulte, c'est à dire un être humain responsable, c'est savoir qui nous sommes, d'où viennent nos réactions violentes afin de vivre pleinement notre responsabilité, sans se comporter en tyran ou en victime. Nous avons le devoir de comprendre nos comportements et nos actions afin d'éviter, autant que possible, de passer un poids inconscient à nos enfants ; et ainsi éviter des enchainements de violence transmis de génération en génération. Il est de notre devoir de travailler sur notre propre violence, afin qu'elle ne pèse pas sur les autres, sur le monde.
Il existe différents modes d'expression de la violence :
- Violence "rouge" : qui cogne ou fait saigner
- violence "blanche" : plus subtile mais tout aussi meurtrière (jugement, dévalorisation, moquerie, mépris, certains silences pervers, manipulations, victimisation, infantilisation, culpabilisation, chantage affectif ...)
- violence retournée contre soi-même : auto-destruction, comportements de mise en échec, accidents répétitifs, certaines maladies ...
Comment sortir de la violence :
La souffrance et la violence naissent de besoins insatisfaits, d'où l'importance de s'écouter et d'exprimer ses besoins profonds.
Pour cela, avant tout, il est indispensable de faire à minima un travail sur soi, afin de :
1) Reconnaitre notre propre violence en s'écoutant ;
2) Trouver les causes de cette violence ;
3) Faire les deuils nécessaires de "ce que je n'ai pas eu et que je n'aurai jamais".
Et pour avancer à travers ces trois étapes, nous avons besoin de courage, afin d'affronter nos peurs, nos souffrances et nos blessures.
4) Ces 3 étapes nous permettent de changer de comportement :
En changeant le regard que je pose sur moi-même, sur l'autre, sur le monde, je passe d'un regard de jugement au regard de compassion ; en reconnaissant en l'autre un frère ou une soeur blessé-e comme moi, je peux l'accepter et le respecter pour ce qu'il est, avec ses blessures et ses limites ; j'introduis dans le conflit l'écoute bienveillante et la discussion et je prends ainsi conscience que nous marchons ensemble dans la même direction, sur la même cordée, afin d'œuvrer ensemble pour la Paix.
Laurence