Oyez oyez (mais savez vous vraiment écouter ?)
L’une des premières formations de la Fève porte sur l’écoute active, avec Brigitte Mesdag.
Ecouter, ca va, on connait, on fait ca tous les jours. On écoute la radio, on écoute nos amis, on écoute les gens avec qui on travaille, on écoute tout le temps !
Personnellement, j’ai même l’impression de plutot bien savoir écouter. Je suis même fière de savoir la différence entre entendre1 et écouter, et je m’efforce d’écouter le plus possible. J’ai le sentiment que les gens viennent régulièrement vers moi pour me parler, que ce soit des gens que je connais ou que je ne connais pas.
J’ai découvert aujourd’hui que je ne sais rien du tout sur ce que ca veut dire, écouter.
Grande révélation
J’ai découvert que pour écouter l’autre, il fallait d’abord que je m’écoute moi, et ca a été une fichue claque. En fait, m’écouter moi, je crois que je sais faire, je médite chaque jour, je m’écoute. Quand je suis toute seule avec moi-même, je m’entends bien et je m’écoute bien. Quand je suis seule…
Dès que je rentre dans une relation à deux, ca devient plus compliqué. Je ne m’entends plus du tout, je me fonds dans l’autre, je l’écoute en disparaissant. Surement parce que je ne m’estime pas, je ne pense pas que ce que je suis est intéressant, je n’ai pas confiance en moi. Mais ca n’est pas de l’écoute, c’est au mieux être un journal intime amélioré, au pire jouer le role de poubelle à émotions pour l’autre. Bref, personnellement, je ne m’y retrouve pas toujours et pour l’autre, ca n’a pas autant d’intéret que d’être écouté par un autre être humain.
Cette attitude, où je me considère comme nulle, renvoie à un archétype communicationnel2, celui de l’intériorisation de la violence. Je considère que l’autre a raison, sait mieux que moi ce qui est bon en général et pour moi, et quand il déverse sa colère sur moi, je l’accepte et je l’intériorise. Ca crée une cocotte minute, que je remplis allègrement de chocolat, que j’essaie de faire suer en allant courir, que j’essaie de désamorcer en méditant. Mais j’ai le sentiment que ca n’est pas pérenne comme solutions…
Ce vers quoi je tends, ce à quoi je crois, politiquement, socialement, notamment quand je me réclame de l’anarchisme, c’est à vivre une vie où nous nous considérons tous différents, mais égaux, sans rapports de pouvoir, de domination, entre individus autonomes et responsables (une société des égaux, une vraie démocratie, chacun l’appelle comme il l’entend). Sauf que, comment je peux espérer créer ca, quand moi-même, je me mets perpétuellement en dessous des autres ?
C’est quand même étrange, j’ai une foi infinie dans la nature humaine, dans l’homme avec un grand F, mais en moi, je n’ai pas confiance. Et je me place souvent dans une position de soumission à l’autre. Tout naturellement.
Alors pour changer, apprendre à dire stop, c’est la base. Je dois apprendre à dire stop quand je sens que mes limites sont franchies. Parce que dire stop, c’est exister (avec l’autre, parce que je sais que j’existe hein, c’est dans la relation que parfois, je peux oublier). Je dois apprendre à me respecter moi-même, à dire à l’autre quand il franchit mes limites. Si je ne dis pas stop, l’autre me traverse, me franchit, me cherche. Il va de plus en plus loin, jusqu’à des endroits où je ne veux pas qu’il aille et où je ne peux plus faire autrement que de dire stop (en hurlant, pleurant, avec des yeux qui lancent des éclairs et de la fumée qui sors de mes narines). Si je ne suis pas, si je ne suis pas présent, si je n’existe pas, et n’affirme pas ma présence en ayant des limites, je ne peux pas écouter l’autre. Si je veux vraiment accueillir l’autre, l’écouter, je dois être présent, et être présent, c’est savoir dire non quand il le faut.
Si ça ne te dérange pas, je vais arrêter de t’écouter.
Ecrit par Daphné
1 entendre, c’est par les oreilles, c’est l’un des cinq sens, écouter c’est avec tout son être.
2 décrit par Pat Patfoort dans le modèle majeur-mineur/équivalence. Les deux autres types de relations courantes sont le modèle majeur-majeur (je te crie dessus, tu me cries dessus, et la violence escalade) et le modèle de la violence en chaine (je m’énerve contre mon petit frère qui ne me répond rien mais ensuite va crier sur sa petite soeur qui crie sur quelqu’un d’autre et ainsi de suite à l’infini…).