Histoire et Principes de la non-violence

Publié le par Emmanuel

 

Compte rendu de l'intervention avec Christian Renoux, professeur d’histoire et membre du MIR.

 

Avec Christian Renoux, j’attendais un universitaire qui nous ferait un cours magistral pendant deux jours… le rêve quoi ! Eh bien figurez-vous que c’est lui qui nous a fait travailler ! Il prenait même des notes en écoutant ce que disaient les féveurs. Nous sommes sûr qu’il va s’en servir pour faire son prochain cours… !!!

En fait Christian avec ses airs de ne pas y toucher est fin pédagogue. Il n’a pas attaqué bille en tête avec son exposé, mais nous a fait réfléchir par nous même en petit groupe sur différentes questions : « Qu’est-ce que la violence ? » « Quelles sont les causes de la violence ? » « Quelles sont les attitudes face à la violence ? » « Quels sont les types de violence ? ». Et à nous tous nous n’avons pas été trop mauvais pour répondre. Il nous a ensuite proposé sa manière de comprendre le sujet. Notamment il a insisté sur le fait de refuser de définir « positivement » la violence, c’est à dire refuser l’idée qu’il pourrait y avoir des formes « positives » de violence. En effet même si la perception de la violence a une grande part de subjectivité, Christian Renoux nous invite à définir la violence comme « ce qui vise à détruire la dignité de l’humain ». Sans une définition de ce type on prend un mot pour un autre… et l’on en viendrait facilement à légitimer la violence. La définition du dictionnaire Robert, nous aide à y voir clair en ce sens. La violence y est définie comme « usage abusif de la force ». Elle se caractérise donc par l’abus, le « viol » de la personne (soi-même ou autrui). Pour autant la force dont nous pouvons faire preuve comme humain n’est pas forcément violente. Distinguons donc bien, force, élan vital ou instinct de conservation, qui ne sont pas forcément violents, des manières de les utiliser qui deviennent violence lorsqu’elles visent à blesser ou détruire la dignité d’autrui.

Suite à ces préalables nous avons (enfin) abordé un panorama historique de la non-violence en espérant que cela réponde aux nombreuses questions récoltées au de début l’intervention, entre autres : « la non-violence a-t-elle des fondements chrétiens ? », « la trouve-t-on dans d’autres cultures ou époques », « en quoi le jeune et la “grève de la faim” sont-ils différents ? » « Quel regard sur l’action non violente de l’Arche par un historien extérieur  à ce mouvement »… Pour répondre à toutes ces questions, il nous aurait fallu 5 jours de session d’été au MIR. Cela Christian ne nous l’a avoué quetout à la fin… Mais s’il n’a pas répondu à toutes les questions posées, il a quand même esquissé à force de parenthèses et d’apartés un beau panorama de la non-violence qui pour m’a part m’a assez contenté.

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Pour faire court, la notion de « non-violence » est forgée, par l’expérience et la réflexion de Gandhi durant toute sa vie. Quant au mot lui-même, il semblerait que Gandhi soit le premier à l’utiliser (en anglais) pour définir ce type particulier d’action civique qu’il désigne en hindi par le néologisme « Satya-Agraha » : Agraha « force » - Satya « vérité/Dieu/âme ». La non-violence, Gandhi ne l’a pas inventée qu’à partir de lui-même. Outre son héritage des religions hindoue et jaïne, il s’est inspiré de la pensée de nombreux auteurs différents (qu’il cite d’ailleurs scrupuleusement dans ses mémoires), notamment Léon Tolstoï, Henry David Thoreau ou John Ruskin[1]. Mais c’est surtout par son action et sa recherche personnelle qu’il a fait de la « non-violence » un mode d’action et de pensée à part dans l’histoire de l’humanité. Ce que je crois comprendre c’est que si d’autres civilisations ou cultures ont connu des actions ou des attitudes qui s’approchent de celles de la non-violence gandhienne, aucune ne les a rassemblées pensées et mises en pratique de la façon de Gandhi. Ainsi l’on trouve chez Flavius Josèphe (l’historien des antiquités juives) l’attestation d’une action des juifs pieux de Jérusalem se couchant devant le palais du gouverneur romain Pilate en lui enjoignant d’enlever les attributs militaires qu’il avait fait pavoiser sur le temple de Jérusalem… ou de leur trancher la gorge[2]. De même, les Quakers par exemple, issus de la réforme protestante ont tout au long de leur histoire œuvré pour la paix, le respect absolu entre les humains sans pourtant s’engager eux-mêmes dans des actions « non-violente » telles que les initiera Gandhi.

L’histoire de la non-violence au XXème siècle nous dit Christian Renoux est celle de la rencontre de la pensée et de l’action de Gandhi avec les mouvements pacifistes issus principalement des Eglises protestantes dites « historiquement pacifistes »[3]. Ainsi Gandhi qui n’était lui-même pas forcément « contre la guerre » trouvera des soutiens et une reconnaissance internationale auprès de ces mouvements tels l’IFOR (Mouvement international pour la réconciliation, MIR en français), la WILPF (Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté) ou l’IRG (Internationale des résistants à la guerre) qui luttaient contre l’action militaire notamment en Europe. Réciproquement ces mouvements se réapproprieront au contact de Gandhi la notion de non-violence et surtout les formes d’action non-violente.

L’action non-violente la plus connue et réussie après celle de Gandhi lui-même est évidemment la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis d’Amériques avec son leader noir Martin Luther King. Née de la rencontre de la NAACP (l’association nationale pour l'avancement des gens de couleur) à travers Rosa Park et des pasteurs baptistes de la ville de Montgomery dont le jeune et charismatique Luther King Junior, cette lutte se réappropriera dans le cadre de la culture occidentale américaine et dans un contexte explicitement chrétien l’action et la pensée de Gandhi.

 

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A la suite de cette histoire riche et diversifiée, la non-violence politique est aujourd’hui un monde à part entière avec ses écoles, ses dissidences, ses controverses et ses contradictions et qui n’est d’ailleurs pas toujours dépourvu de violence…

Pour terminer je veux citer la typologie des types de violence d’après John Galtung. Ils sont comme les couches sédimentaires d’un sol. La surface est constituée par les « violences personnelles ». Ce sont les violences qui touchent aux personnes. Elle sont les plus visibles, les plus médiatisées aussi. Au dessous se tiennent les « violences structurelles », celles des institutions de l’organisation sociale, politique et économique d’une société. Nos médias sont plus discrets à ce sujet. Et au plus profond se tiennent « les violence culturelles » qui viennent légitimer par le discours et la culture la violence des structures elles-mêmes. Cette typologie simple et facile à retenir, me semble tout à fait utile pour discerner l’essentiel de l’accidentel et ne pas se tromper de combat… fut-il résolument non-violent !

E. Mourier 12/03/12



[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Simplicité_volontaire

[2] Cela rappelle la technique du « dying », mais contraindre l’autre à la violence absolue du meurtre, est-ce vraiment non-violent ?

[3] C’est à dire orientées depuis leur fondation vers le refus de la violence armée : essentiellement les Quakers et les Mennonites.

 

 

Pour un panorama rapide (2 pages) de l'histoire des mouvements non-violents, cf. l'article d'Evangile & Liberté N°255 de Janvier 2012

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Publié dans Interventions

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Commenter cet article
B
<br /> Gandhi Grande Ame, tu nous donne du grain à moudre pour plusieurs millénaires...<br />
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E
<br /> Quelle histoire stimulante n'est-ce pas ? Vous voulez la suite… il ne tient qu'à vous de la poursuivre !<br />
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