Violence personnelle

Publié le par Emmanuel

Compte rendu de l'intervention sur la violence personnelle avec Brigitte Couteau et Jacqueline Goarant

 

 

 

Lecture du texte de Khalil Gibran, le Prophète

 

Ce texte de Khalil Gibran m’a semblé rassembler de façon poétique un grand nombre de notions qui nous ont été présentée par Brigitte Couteau durant son intervention sur la « violence personnelle » c’est à dire sur la violence qui nous habite chacun personnellement. Brigitte, psychologue de formation et de profession a souhaité nous amener à réfléchir sur les causes de la violence et nous a présenté l’anthropologie, c’est à dire la vision des fondements de l’humain, qui sous-tend son travail de thérapeute notamment dans le cadre de l’association Bethasda. Brigitte n’était peut-être pas toujours assez claire avec le fait qu’elle nous présentait sinon une « théorie » puisque c’est bien plus que cela pour elle, en fait l’investissement de tout une vie, mais en tout cas une vision du monde et de l’humain dont les bases sont à la fois psychologiques et religieuses. Cela en a gêné plusieurs parmi nous qui ont eu l’impression de se voir imposer un référentiel. Il s’en en suivi une expérience fort riche à mes yeux, bien que à certains moment douloureuses pour plusieurs. Mais qui s’est conclue par deux choses l’une et l’autres remarquables : pouvoir dire clairement ce malaise et pour Brigitte de l’avoir finalement, je crois, véritablement entendu. Si l’on est d’accord que cette vision du monde, cette anthropologie, nous est proposée parmi tant d’autres possibles nous pourrons maintenant nous concentrer sur le contenu de l’exposé, sans nous sentir contraint de l’adopter forcément.

Khalil Gibran nous parlait des enfants, qui ne sont pas nos enfants, mais les fils et les filles de l’appel de la vie à elle-même. Brigitte aussi nous a parlé de l’enfant, du petit d’humain dès sa conception. Parce que à ses yeux les racines de la violence personnelles se trouvent en grande partie dans la manière trop souvent inadaptée des adultes à être avec les enfants dont ils ont la charge éducative. Ces racines de la violence résident à la fois dans l’ignorance de ce qu’est un petit d’homme et dans la difficulté à leur signifier de façon équilibrée les lois fondamentales qui selon cette vision du monde régissent les relations entre humain.

Vos enfants ne sont pas vous, ni de vous, ils viennent de plus loin et vont plus loin que vous. Voilà l’une des lois fondamentales que Brigitte trouve dans la psychologie, mais aussi dans les mythes fondateurs du judaïsme et du christianisme : « tu n’es pas ton propre créateur, pas plus que tu n’es le créateur de ton propre enfant ». La vie/Vie (écrivez-le avec un grand « V » selon vos convictions) vient d’au-delà de nous-mêmes.

Cela implique que devant cette vie qui nous dépasse tous, nous sommes des égaux en humanité. Que nous soyons père, mère, fils ou fille n’y change rien. Et même lorsque le petit d’humain naît entièrement dépendant de son entourage il est déjà un égal en humanité. Cela lui est manifesté par le fait de le nommer. De cette loi découle le respect absolu de l’autre. « Tu es toi, je suis moi et nous pouvons vivre ensemble ». La deuxième loi fondamentale qui appelle à être transmise à l’enfant dans son éducation est ainsi que l’humanité se structure autour de la dynamique « et / et » c’est à dire « et moi, et toi » et non pas de la dynamique destructrice du « ou / ou » , « ou moi, ou toi ». « Pour que tu sois un toi véritable, toi mon enfant, je dois te parler en je véritable ». La transmission filiale n’est donc pas la reproduction du même, mais l’acceptation de l’individualité incontestable de l’enfant. L’enfant pour se construire est appelé à accepter cette différence inaliénable et donc à reconnaître aussi l’héritage familial, éducatif, historique, émotionnel, etc dont il est dépositaire. Puis à s’en différencier sans juger celui ou celle (avant tout sa parenté) dont l’histoire différente rend peut-être très difficile un chemin d’individuation.

Ce chemin d’individuation, c’est à dire le fait de trouver son « moi véritable », sa « véritable identité » est le fruit d’un travail, en fait de toute une vie. En reprenant les images de Brigitte, on pourrait exprimer qu’il amène l’humain à passer de l’état d’unité fusionnelle dans le ventre maternel où il occupe tout l’espace en voyant tous ses besoins comblés, à un état d’unité personnelle qui est la recherche non plus d’occuper tout l’espace disponible, mais d’une unité en soi-même.

Le passage de l’un à l’autre est favorisé par le développement des capacités empathiques du nourrisson. Ces capacités sont considérées aujourd’hui par de nombreux chercheurs comme la compétence principale du nouveau-né. Plus cette empathie primitive, rencontre des adultes référents, capable de transmettre la loi du respect mutuel et de la différence de façon positive, respectueuse et non intrusive, plus l’humain sera capable une fois adulte de faire à nouveau appel à ces capacités empathiques, pour pouvoir renoncer à vouloir être tout, à faire une place à l’autre, et ainsi pouvoir chercher en lui-même cette part qui le rend unique et qui le connecte pourtant non dans la puissance, mais dans la communion à l’ensemble de l’univers.

Et pour conclure sur une note optimiste, rappelons-nous le témoignage partagé par Jacqueline. Il nous rappelle ces personnes, que nous connaissons tous autour de nous –ou que nous sommes peut-être– qui n’ont pas pu vivre les transformations de la petite enfance en étant sécurisé affectivement, mais qui sont pourtant arrivées à se saisir d’un mot, d’une parole, d’un regard, pour puiser en eux la force de s’orienter vers une humanité véritable non pas agressive et dévoratrice d’autrui, mais compassionnelle et reliée à leur personne véritable.

Sur la route de crête souvent bordée de gouffres profond qu’est la vie humaine, le désir qui habite tout humain, homme, femme ou enfant est capable de transformations inouïes, de rétablissements spectaculaires ce qu’en termes chrétiens j’appelle « résurrection ».

Emmanuel

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Publié dans Interventions

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B
<br /> Merci pour ce compte rendu<br />
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