Techniques d'action non-violente. Intervention de Michel Nodet les 1er et 2 juin
La dernière intervention de l'année portait sur l'action non-violente que Michel Nodet, non-violent actif d'expérience définit comme une manière de s'engager pour plutôt que contre, afin de favoriser l'émergence d'un monde plus sain et équitable. Il s'agit par exemple de dénoncer une loi estimée allant à l'encontre de l'intérêt général.
Il définit l'action non-violente (ANV) comme une action publique et collective avec plusieurs règles de conduite à respecter telles que l'intégrité physique et la dignité des personnes ainsi que l'intégrité de leurs biens.
Selon Jean Goss, que l'intervenant nous a cité comme référence, l'injustice et l'oppression sont instables et le principe de l'action non-violente est de faire tomber les piliers sur lesquels elles reposent. Il est nécessaire pour cela d'adopter une stratégie, car « savoir où l'on va permet d'ajuster ses forces ». Il convient aussi de diversifier ses campagnes d'action afin de fédérer le plus possible de volontaires. Il existe différents types d'action non-violente tels que les marches, les sittings, les occupations de lieux, etc...
J'ai demandé à l'intervenant s'il n'existait pas selon lui un danger dans le fait d'adopter ce type de démarche contestataire, de s'ériger en défenseur et détenteur de la vérité et de développer à ce titre une forme d'arrogance, ce à quoi il nous a précisé que l'objectif de l'ANV n'est pas de convaincre mais de marcher l'un à coté de l'autre, et que cela demande effectivement une certaine humilité.
Après cette introduction rapide aux principes de l'« Action » nous nous sommes dirigés vers la grande salle du jardin pour pratiquer quelques exercices préliminaires d'attention à soi et à l'autre, de concentration, en focalisant notamment notre énergie sur le hara, ce point près du nombril censé être notre centre de gravité énergétique. Puis nous avons fait un travail sur la respiration et sur le regard.
Jeudi matin nous avons poursuivi par des exercices cette fois un peu plus élaborés et aussi plus amusants, notamment l'exercice de la corde aveugle que nous avions déjà pratiqué au cours d'une intervention précédente et qui consiste à former un grand carré avec une corde, en cinq minutes, alors que nous avions tous les yeux bandés. Malgré les quelques minutes supplémentaires, nous avons pu constater que la tâche n'était effectivement pas facile, même avec de la discipline et notre expérience en matière de gestion de groupe.
Jeudi après-midi nous avons abordé les techniques de résistance passive telles que la tortue, le sitting, le dying, le tapis humain et les avons mis en pratique.
Puis nous avons fini par un tour de parole pour faire un bilan de l'intervention dans lequel j'ai pu personnellement aborder les questions qui m'intéressaient véritablement :
Qu'est-ce que la non-violence? Y-a-t-il véritablement une action qui soit non-violente? Quelques réflexions de l'intervenant m'apportèrent des éléments de réponse, notamment sur le fait que l'ANV a pour vocation dans l'idéal – car cet aspect ne me paraît pas forcément évident à première vue –de conserver le dialogue entre les différents acteurs, politiques, institutionnels, économiques et les citoyens qui manifestent une opposition ou soulèvent un problème particulier. Tel est d'ailleurs l'enjeu de la communication non-violente (CNV) que nous avons étudiée cette année, et dans laquelle selon moi l'action non-violente devrait toujours s'inscrire, CNV qui a pour objet de faire parler ensemble des individus ou des groupes d'individus qui ne peuvent plus le faire ou tout du moins, ne le feraient pas spontanément. Il s'agit donc d'un art, sachant qu'un simple regard, comme nous l'a rappelé Michel Nodet, peut mettre en colère un homme.
Pas étonnant donc que l'intervenant nous avoue qu'il avait beaucoup moins de certitudes aujourd'hui qu'il ne pouvait en avoir il y a trente ans et qu'il avait souvent bien du mal à pouvoir déterminer une limite entre violence et non-violence dans les actions auxquelles il pouvait participer.
Mon sentiment est que violence et non-violence ne demeurent que des concepts au caractère tout relatif, et donc qu'en réalité il ne peut rien exister de tel. En d'autres mots la vie serait pour moi à la fois violence et non-violence, et à la fois ni l'un ni l'autre — ainsi pour l'aspect relatif tout dépend du point de vue duquel on se place :
ex : une même idée selon les gens avec lesquels je la développe pourra être perçue de manières tout-à-fait différentes. Cela pourra conforter certains, ou mettre d'autres en colère. Pareil si je mange une fleur, cela pourra me donner un certain plaisir, par sûr qu'il en soit de même du point de vue de la fleur.
Idem pour le sentiment d’injustice — aussi fort soit-il de nos jours pour beaucoup d’entre nous et à de nombreux égards — mais qui n’en reste pas pour autant moins relatif.
Violence et non-violence n'ont donc pour moi valeur que de concepts et un concept doit rester à la place qui est la sienne au risque de tomber dans d'inévitables contradictions voire un certain dogmatisme qui aurait pour comble de générer le contraire de l’effet recherché initialement, surtout dans le cas de l’ANV...
L'action non-violente reste donc pour moi aussi légitime que le fait d'aller à un meeting politique, quel qu'il soit, ou d'aller faire une bonne partie de tennis avec des amis. Moi, personnellement j'aime beaucoup le tennis. Et si on n'y prend pas de plaisir autant ne pas y aller.
Ce qui ne m'empêche pas d'attendre la révolution en chantant avec impatience...
Ps : Pour ceux qui sont un peu impressionnés par les forces de l’ordre, vous pouvez peut-être commencer par pratiquer l’ANV en famille...
Fabien