La violence structurelle. Intervention de Bernard Ginisty le 27 janvier 2011

Publié le par blogfeve.over-blog.fr

Nous avons abordé différents points de réflexion, notamment sur les différentes phases de l’évolution de la société, sur le phénomène de socialisation, sur la responsabilité de l’Homme envers les autres êtres humains ; mais également sur la notion de travail (salarial et non monétaire) et les représentations qui en découlent.
Nous avons pu découvrir au travers de l’intervention ce que signifiait la violence structurelle et la manière insidieuse dont elle pouvait habiter chacun de nos esprits. Nous avons réfléchi à la manière non violente de faire face à ce fléau.
D’un point de vue personnel, cette intervention m’a énormément parlé, notamment sur les phénomènes d’exclusion que cause la violence structurelle. Au long de mes études de travailleur social j’ai plusieurs fois été interpellée sur la manière dont on pouvait catégoriser les populations accompagnées, les enfermant dans des procédures préétablies ne permettant pas l’adaptation à chaque individu. Bernard GINISTY a souligné l’importance de considérer chaque personne dans sa particularité, de reconnaître ses atouts et de lui permettre de les mettre en œuvre. Il a cité l’exemple des RERS (Réseaux d’échanges réciproques de savoirs)  ou de toute autre forme de moyens qui permettent autrement que par les qualifications et le salariat d’être reconnu dans ce que chacun est.
Une belle leçon de vie !


Floriane

 

 

Bernard Ginisty est philosophe de formation. Il a été directeur de Témoignage chrétien, cofondateur d'Attac, de Démocratie et spiritualité et membre du comité d'éthique de la Nef.
La journée a été intensément intellectuelle, nous n'avons fait qu'écouter, mais pour ma part, ça n'a pas été trop difficile, car le discours comme le personnage m'ont captivé dans une mise en mots libératrice. Bernard a commencé par nous parler de 3 types de société:
La société traditionnelle, où l'on agit par devoir, selon les croyances communautaires, on ne se pose pas de question, la communauté prime sur l'individu...
La société moderne, où l'individu émerge, avec ses questions existentielles, ce qui amène aussi l'angoisse. Pour réguler le vivre ensemble, 2 systèmes se mettent alors en place:
le marxisme léninisme (gestion des masses)
le libéralisme (le marché compétitif est le régulateur)
Liberté et égalité, sans la fraternité, ça revient donc à la jungle du libéralisme ou à la robotisation du stalinisme.
Lorsque Caïn a tué Abel, il aurait pu avouer son crime, demander pardon… mais à la place, il a posé comme principe "je ne suis pas le gardien de mon frère". Pourtant, nombre sont ceux qui considèrent que l'humain est vraiment devenu humain lorsqu'il a commencé à établir un rituel funéraire qui témoigne que la mort de son semblable le concerne.
Dieu nous a donné la responsabilité de toute la création pour nous donner la liberté. La responsabilité n'est donc pas à recevoir comme notre culpabilité, mais comme une élection, un privilège, un cadeau, car nous avons l'entière liberté de faire ce que nous voulons de notre relation au monde.
Quand il donne le commandement "tu ne tueras pas" Dieu établit le préalable à toute relation et fonde une capacité de penser.
Une chose m'a frappée; Bernard a dit que l'humain n'a pas choisi de naître. Il a donc pu vivre cela comme une violence, ce qui peut l'entraîner au suicide.
Comment aider l'humanité à faire le choix de vivre?
Bernard a répondu que proposer du sens à l'existence serait sûrement une bonne piste.
Pour lui, la crise du sens, c'est qu'on a séparé les 3 significations du mot sens.
Le sens, c'est la signification du monde, le sens de la vie, mais c'est aussi la direction et aussi la sensualité.
On a le goût de vivre lorsque ces 3 significations communiquent. L'art fait du sens et communique le goût de vivre.
Dans notre société, on définit notre identité par notre travail, c'est le travail qui donne le sens à la vie.
Cependant ce travail ne doit pas être au service de la rentabilité, mais du foisonnement du sens.
Il serait plus approprié de passer de la notion de travail à la notion d'oeuvre.
Nous avons parlé de croissance. La croissance de l'individu doit se faire, connectée à l'environnement et aux semblables, sinon, elle mène à la mort.
Cependant, la croissance concerne l'enfance et l'adolescence.
L'adulte doit cesser de croître, mais être fécond, en se retirant, en permettant à l'autre d'exister.
Quelque chose de vraiment tès fort pour moi, c'est lorsque Bernard a expliqué que le point de vue le plus intelligent dans un débat ou un conflit, c'est celui de l'exclu, car si on ne veut pas le tuer, il nous invite à repenser le monde. Moi j'ai reçu ça comme une justification de la pensée intuitive du coeur. Le cerveau rationnel qui fait tourner le monde a énoncé une loi qui paraît irraisonnable. L'impression constante d'être à contre courant dans tellement de domaines, mouvement qui m'est donné par la foi en Dieu, j'ai entendu sa légitimité d'une voix d'homme raisonnable. Cette légitimité m'a appelée à prendre toute ma place en sortant de la culpabilité de ne pas adhérer au mouvement de la majorité.
J'ai sûrement oublié beaucoup, c'était très dense. La dernière phrase que j'ai notée, c'est une citation de je ne sais plus qui:
"Nous sommes tous responsables de tout et moi plus que les autres"
Peut-être une phrase à se redire chaque matin en se levant...
Clotilde
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