Nouvelles de l'Arche...

Publié le par blogfeve.over-blog.fr

En Janvier, Magali écrit un texte sur ce qu'elle vit à la communauté et à la Fève.

C'est ce texte que nous publions aujourd'hui !

Bonne lecture !

La formation FEVE


Depuis septembre, me voici plongée dans une aventure à laquelle je n'étais pas vraiment préparée. Je suis arrivée déterminée à devenir Gandhi (en toute humilité ;-), et voici que j'apprends en fait à devenir... tout simplement moi-même ! Car la formation a commencé par une immersion profonde dans mon for(t) intérieur. J'y ai appris à discerner mes émotions, à décrypter mon fonctionnement, à découvrir le rôle que je joue dans un groupe, à parler de moi et à m'écouter vraiment, et donc à parler bien aux autres et à mieux les écouter. "Quel besoin de faire une formation pour apprendre tout cela", me direz-vous ? Hé hé, si vous saviez tout ce que notre ego nous camoufle et tout ce qu'on découvre dans ses entrailles quand on ose enfin ouvrir le couvercle de la cocotte-minute ! La fameuse CNV (Communication Non-Violente) contre laquelle j'ai grinchonné pendant longtemps (peur du narcissisme...) commence à me devenir familière, et surtout... utile* ! Bénéfices : une paix intérieure qui grandit, des relations aux autres qui se décontractent, des capacités de médiation qui se développent, des méthodes de travail pour de futurs projets même encore flous ! Il paraît que la majorité des projets collectifs échouent pour des raisons de cohésion de groupe, d'où l'utilité d'apprendre à travailler ensemble.

Ça, c'était les premiers mois de la formation, très introspectifs donc et qui ont servi à souder notre petit groupe de 10 FEVEurs dans une belle dynamique alimentée de temps de parole libre où chacun apprend à partager son actualité émotionnelle et à écouter les autres sans jugement. Depuis ce mois-ci, nous rentrons dans des enjeux beaucoup plus risqués car nous commençons à distinguer nos rapports de force, nos relations de pouvoir et à apprendre la gestion des conflits... Nous avons aussi en charge un projet de groupe (pour moi la remise en état d'un atelier de fabrication de bougies), visitons d'autres lieux alternatifs (ça bouillonne grave dans la région !) et faisons « réseau » avec plein d'autres projets...

La vie communautaire

Quand je ne suis pas en formation, je travaille dans la communauté sur différentes tâches (je rappelle que l'activité économique principale de la maison est l'accueil de groupes qui viennent se former avec des intervenants extérieurs à diverses choses : développement personnel et spirituel, pratiques artistiques et thérapeutiques, clowns...). Ces derniers 15 jours par exemple, j'ai désherbé notre terrain de maraîchage, réparé des aspirateurs, accompagné la doyenne de la maison, repeint les tableaux des annonces, rangé du bois, donné un coup de mains en cuisine, été chercher des gens à la gare, fait du ménage, préparé le petit-déjeuner, fait de la calligraphie... et bien sûr épluché des légumes tous les matins ! Bref, des tas de trucs à faire avec mes mains et mon corps parce que ma tête carbure déjà assez comme ça avec la FEVE (et parce que c'est cool de découvrir qu'on n'a pas qu'un cibouleau pour se démerder dans la vie). Je ne me plains pas pour le moment de n'avoir pour seules responsabilités que la remise en état des aspirateurs et des portes qui grincent ! Cela ne me fait pas éviter quelques réunions mais qui se déroulent bien sympathiquement avec cette tradition très gandhienne où chacun peut apporter un petit travail manuel à faire en même temps : tricot, pyrogravure, dessin, tri de graines, couture, cuir... On ne croise donc pas souvent l'ennui ici, il m'est même difficile de trouver du temps pour moi, avec toutes les soirées films, conférences, jeux ou rencontres organisées le soir. Juste quelques balades dans le village ou sur les collines de temps en temps, de rares échappées au-delà et le plaisir de traîner à table en jouant avec les gamins.

Au-delà de cela, je ne touche pas encore du doigt les limites de la vie en communauté et continue à n'y voir que du positif. Par exemple, ça fait des lustres que je n'ai pas eu à faire de courses, et quel bonheur, après une longue journée, de pouvoir mettre les pieds sous la table directement pour le repas. En communauté, il y a presque toujours quelqu'un pour faire les tâches que je n'aime pas du tout faire, et toujours quelqu'un pour me proposer ce que j'aime faire. Dans une grande maison comme la nôtre, il y en a pour tous les goûts et si jamais il arrive de se retrouver à déplacer du compost par temps froid ou à ranger le bois sous la pluie... il y aura toujours un camarade avec lequel pousser la complainte et, au bout du job, un super goûter réconfortant ! Le rythme communautaire m'est plus stimulant que contraignant, il y a quand même une bonne souplesse, même si les week-ends sont souvent les bienvenus ! Je vis ici à côté de tas de personnes intéressantes de différentes nationalités, plus toutes celles qu'on accueille pour plus ou moins longtemps. Et quel plaisir de voir grandir les enfants au jour le jour et de s'amuser avec eux... sans en avoir la charge !

Il y a beaucoup d'autres aspects de la vie communautaire que j'approche petit à petit, et notamment l'expérience des engagé-e-s sur la gouvernance de la maison, avec de vraies questions humaines, éthiques et démocratiques toujours en chantier. Alors j'envisage déjà de rester une 2e année ici pour approfondir tout cela...

La fête


Lieu de vie économique, de formation... et lieu de partage ! Et là est le vrai esprit de la communauté, à travers la pratique du chant, de la danse (folklores du monde), les prières façon maison, et les fêtes ! Et la fête ici, ça rigole pas (façon de parler...) ! J'en ai déjà vécu plusieurs : à la St-Michel, c'est le moment de rentrée où la nouvelle communauté se forme pour l'année avec l'arrivée des nouveaux FEVEurs. Comme avant les 4 principales fêtes de la maison, il y a un temps de « réconciliation » qui sert à remettre les pendules à l'heure avec chacun et chacune des gens de la maison. C'était aussi le moment de la passation entre l'ancienne "responsable de maison" et le nouveau, un Mexicain élu sans candidature pour 3 ans, qui s'est faite avec une cérémonie où ils ont tous les deux lavé les pieds de chacun d'entre nous pour symboliser que le responsable de maison est aux services du collectif et non l'inverse. On a ensuite fait la Fête des morts façon mexicaine (beaucoup de latinos dans la maison), un bel événement bercé de rires d'enfants pour conjurer la glauquitude de la Toussaint. Ensuite, ça a été la traditionnelle "Fête des femmes" (rassurez-vous il y aura aussi plus tard une Fête des hommes) pour laquelle les hommes de la maison préparent pendant plusieurs semaines le grand jeu pour deux jours. Thème cette année : "la croisière s'amuse dans les années 80'". Ils n'y sont pas allés de mains mortes, en transformant notre salle des fêtes en paquebot à grand renfort de menuiseries et de décorations vachement chiadées. Plein d'animations, de déguisements et d'activités pendant deux jours pour nous mettre dans l'ambiance des années 80 (vous savez, Jeanne Mas, les strass hideux, Dirty dancing...). Alors oui, ça a un petit côté un peu régressif mais l'ambiance de la maisonnée à cette occasion valait vraiment le coup ! Quelques jours plus tard, on est allés chercher Saint-Nicolas dans le village à la lanterne avec les enfants de la maison. Fête de l'Avent, Noël... et le réveillon du 1er de l'an avec plein d'amis de partout. Tout cela ponctué de bons coups de fourchettes ! Mon meilleur souvenir de ce 1er de l'an ? Le moment où tout le monde s'est levé de table pour ranger et faire la vaisselle en chantant. Ici, non seulement le travail ne s'oppose pas à la fête, mais c'est là qu'ils se combinent le mieux ! Bref, moi qui ne suis à la base pas fêtarde pour deux sous - vous me connaissez - j'ai maintenant compris à quoi sert une vraie belle fête pour "faire communauté".

Vie spirituelle


Je trouve assez bien mon compte ici spirituellement. La communauté a fait un choix chrétien mais l'héritage universaliste de Gandhi transparaît dans l'adaptation qui est faite des différents temps de recueillement (facultatifs). Hier d'ailleurs avait lieu la « journée Gandhi » à la date anniversaire de sa mort : une journée de recueillement et de jeûne où nous passons la journée tous dans une même salle à effectuer en silence de petits travaux manuels communautaires ou à lire des textes gandhiens. Seuls le bruit des égrenages, des rouets, un peu de guitare et de lecture de textes et le babillement des enfants...

Revenons au rythme ordinaire : nous avons tous les matins un court office chrétien œcuménique parfois agrémenté de textes plus laïques selon les animateurs. Chaque jour des temps de méditation aussi, parfois guidée, et la pratique du fameux "rappel" chaque heure, qui nous fait nous arrêter quelques minutes en silence dans notre activité quand la cloche sonne, juste histoire de se recueillir, se souvenir pourquoi on est là, rendre grâce à qui veut ou contempler la nature.

Le soir, c'est la prière universelle, en cercle autour du feu, avec récitation de courts textes en communion de prière chaque jour avec une confession différente. Ces pratiques spirituelles, tout comme le bénédicité plus ou moins fervent du début de repas, vivent beaucoup grâce aux chants que nous apprenons ici, que ce soit ceux créés par Lanza del Vasto (fondateur de l'Arche) et sa femme Chanterelle, des chants orthodoxes, ceux de Taizé, ou des chants sud-africains par exemple. Les chants en toutes langues et à quatre voix traversent les couloirs de la communauté à toute heure de la journée, qu'ils soient entonnés à tue-tête ou fredonnés discrètement, ils passent de bouches en bouches pendant les "pluches" du matin (épluchage collectif des légumes) et viennent clore tous nos temps de réunions et de formations. J'anime un office par semaine et propose même depuis quelques temps mes propres commentaires d’Évangile, un exercice intéressant qui donne du sens à ma pratique.

Magali

Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez aller voir mon blog : http://rexistance-inde.blogspot.com

* Au passage, je conseille avec vigueur à ceux que cela intéresse la lecture de Thomas d'Ansembourg, un grand pédagogue dont l'intervention de 3 jours m'a énormément touchée ; son best-seller : "Cessez d'être gentil, soyez vrai"

Publicité
Magali

Magali

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article